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RAPPORT GÉNÉRAL
Fait au Comité de 'vaccine du département
des Basses^Pyrénées, dans sa séance du
ib janvier, au nom de sa commission de
cor resp ondance.
Une découverte du plus grand intérêt pour l’huma*
nité, puisqu’elle devait fixer le sort du septième de l’espèce
humaine , la vaccine avait été rendue publique en An¬
gleterre dans le mois de juin 1798 -, elle avait déjà fixé
l’attention de la France , et en particulier de la faculté
de médecine de Paris dans le mois de décembre 1779 5
mais ce ne fut qu’en mars suivant, 1800 , qu’une société
libre formée par des vues de bien public, uniquement
guidée par les intérêts de l'humanité, conçut et réalisa
de ses propres moyens le louable et utile projet de
constater le mérite de cette grande découverte , et de
fixer l’opinion de la France à son égard. Cette société
composée d’hommes de tous les états , les plus recom¬
mandables par leurs emplois et par leurs lumières , fa¬
vorisée du gouvernement dans tout ce qui pouvait con¬
courir au succès de son entreprise , après trois années
d’expériences et de méditation, de comparaison de ses
succès avec ceux qu’obtenaient dans le même tems et
sur le même sujet divers médecins et sociétés savantes
de toute l’Europe, donna, en mars i 8 o 3 , les résultats
de ses travaux, qui ne furent que la confirmation des
avantages attribués à ,1a vaccine , de ne pas nuire et
d'êtpe un préservatif certain de la petite-vérole. Cepen¬
dant des sociétés de vaccine s’établissaient dans les prin¬
cipales villes de la Fraqce, des médecins et chhurgiens
se livraient à des expériences particulières, tous mar¬
chant sur les traces du comité central de Paris , obte¬
naient les m|mes résultats. Le concours de tant d’efforts,
de tant d’essais et de succès uniformes, proclamant
par-tout les avantages de la vaccine } ne pouvait
ïnanquer , avec le tems, de' vaincre les obstacles , dé
détruire les irrésolutions et de lui attirer tous les suf¬
frages ; mais le soin de sa propagation laissé à la bien¬
faisance et au zèle particuliers eût été d’un effet tardif -
et le gouvernement pénétré de ses immenses avantages ,
voulait en faire jouir promptement et presque simulta-
némeut toute l’étendue de la France. En conséquence, son
Excellence le ministre de l 1 intérieur prit un arrêté por¬
tant qu’il serait établi dans chaque département un co¬
mité de vaccine chargé de propager cette précieuse
découverte , et qu’il lui serait adjoint des comités d’ar-
rondissemens ou des médecins associés dans chaque sous-
préfecture. Ces vues paternelles du gouvernement fu¬
rent exécutéesavec empressement par votre premier ma¬
gistrat , pour qui la vaccine n’était plus une découverte
nouvelle, ni ses avantages un problème, (i)
Tel est l’ordre de choses qui a emmené l’établissement
du comité de vaccine , tel est le but que le gouverne¬
ment l’a chargé d’atteindre. L’exposition de la série de
ses travaux fera connaitre avec quels succès il a rempli
cette tâche honorable.
Le comité tint sa première séance le 3 o pluviôse an i 3 y
dans une des salles de l’hospice civil. Dans sa Seconde
séance du 4 ventôse suivant, après avoir payé par l’or¬
gane de son vice-président , un juste tribut d’éloges et de
reconnaissance à la mémoire de madame de Castellane^
fondatrice de plusieurs sociétés de bienfaisance dans cette
ville , tribut inspiré par le lieu et le sujet de sa réunion ,
le comité s’occupa de son organisation et des moyens
les plus propres à propager rapidement la pratique de
la vaccination sur tous les points du département. Il
arrêta en principe , qùe ses assemblées seraient fréquen¬
tes jusqu’à ce qu’il fût complètement organisé ; et dans
celles qui eurent lieu pendant le mois de ventôse , il
se donna un règlement ; il établit une commission de
'correspondance et une commission de vaé'éînatiofCî cette
dernière fut chargée de vacciner gratuitement et publi¬
quement les enfans qui lui seraient emmenés dans là ààlle
des séances du comité, de tenir un registre exact dix
(D Nous avons déjà observé que M. de.. Castillane/était de
cette sociécé phil mtropique qui dru l’opinion de la France . sur
îa découverte de la Yaccrne. !
( 3 >
fiotnbre d'enfans vaccinés et du résultat de ses opération?,
dont elle devrait rendre compte aux assemblées généra¬
les du comité. U fit distribuer à tous les officiers de
santé du département, des instructions sur. le procédé
de la vaccination. Tl s’associa , par canton , dans l’j^ron-
dissement de Pau , un médecin ou officier de santé
chargé de surveiller les vaccinations qui s’y pratiqueraient,
et d’en rendre compte à la commission de correspondance
qui devait entretenir des relations non-seulement avec ces
membres correspondans et les comités des autres arron-
dissemens , mais encore avec tous les médecins , chirur¬
giens et particuliers du département qui voudraient bien
s’adresser à elle. Il invita , par une circulaire , les
ministres du culte à concourir au succès de son entre¬
prise , et sollicita à ce sujet l’intervention de M. l’évê¬
que ; enfin , le premier germinal , le comité se trou¬
vant définitivement organisé , fixa ses séances aux pre¬
mier et quinze de chaque mois , et fit annoncer que
les vaccinations publiques et gratuites allaient commen¬
cer à l’hospice civil, et qu’elles continueraient, sans
interruption , les mardi et samedi de chaque semaine.
Le quinze germinal , le comité fut informé que M.
le Général Préfet , dans sa tournée départementale ,
avait organisé les comités d’arrondissemens ; les méde¬
cins désignés correspondans avaient accepté leurs titres
avec plaisir. Du fluide vaccin était réclamé de toute
part.
Pendant le mois de germinal, la commission de vacci¬
nation avait vacciné à l’hospice civil 58 enfans , tant de
l’hospice que des particuliers. 55 de ces enfans , vaccinés
de bras à bras, avaient eu une vaccine régulière , et
n’avaient présenté aucune observation digne de remar¬
que. Des trois autres vaccinés avec du vaccin de six
mois, un seulement contracta la maladie ; l’opération
fut de nul effet chez les deux autres. Les sujets à vacciner
se présentaient en foule ; de sorte que votre commission
de vaccination était obligée d’en renvoyer d’une séance
à l’autre , afin de se ménager toujours une source de
virus frais par des vaccinations successives et non inter¬
rompues. Au premier floréal, elle était abondamment
pourvue de vaccin , et elle en avait déjà fait des envois
considérables. Le comité d’Oloron avait annoncé le com¬
mencement de ses vaccinations - } celui de Bayonne avait
( 4 )
réclamé et reçu du vaccin. Même envoi avait été fait
à plusieurs membres correspondais ; M. Abadie Pisson
avait emmené du canton de JNlay six enfans qui avaient été
vaccinés à l’hospice.
Dans le cours de floréal , 92 enfans avaient été vac¬
cinés à l’hospice, indépendamment de ceux que les
membres de la commission avaient Vaccinés chez eux
séparément. Sur ce nombre , quatre avaient été vacci¬
nés sans fruit ; tous les autres avaient eu une vaccine
dont là marche n’avait présenté rien de remarquable ;
les deux enfans chez qui l’opération avait manqué le
mois précédent, avaient été revaccinés avec succès pen¬
dant celui-ci. Parmi les individus vaccinés isolément ,
Une personne d’un âge moyen avait eu une fausse vac¬
cine , reconnue telle par plusieurs membres de la com¬
mission appelés pour la constater. (1)
Le non-succès de la vaccination , c’est-à-dire , nullité
d’effet ou production d’une fausse vaccine , peut Se rap¬
porter à trois causes principales ; à la qualité du Vaccin f
à la manière d’opérer et à la disposition temporaire ou
habituelle de l’individu. Il ne paraît pas que ce soit à
la première cause qu’on doive attribuer le défaut de
succès chez les sujets dont nous venons de parler ,
puisque la même source qui avait fourni pour eux avait
produit tout son effet chez d’autres ; mais outre que cela
peut tenir à une foule de petites circonstances qui ac¬
compagnent l'opération , l’histoire de la vaccination
fournit un grand nombre d’exemples d’individus qui
n’ont Contracté la vaccine qu’après la troisième ou
quatrième tentative; et alors le défaut de succès peut
dépendre de la disposition temporaire ; mais comme il
ÿ a des personnes qui n’ont jamais la petite-vérole ,
il pourrait s’en trouver aussi qui né fussent jamais dis¬
posées à contracter la vaccine , Ce qui formerait alors
une disposition habituelle ; cependant comme il n’est
point sûr qu’on Soit jamais absolument à l’abri de la
contagion varioleuse , et que si quelques personnes meu¬
rent sans avoir eu la petite vérole , c’est peut-être parce
qu’elles ne se sont pas trouvées dans certaines circons¬
tances , ou qu’elles 11’ont pas vécu assez long-tems pour
(y) Rapport du xj floréal
( 5 ) ,
l’atlendre, cette disposition habituelle à ne jamais con¬
tracter la vaccine , ne paraît rien moins que démontrée.
Pendant le mois de floréal la commission s’apperçut
que les parens des enfans vaccinés à l’hospice com¬
mençaient à se relâcher de leur exactitude à les répro¬
duire à ses séances. Ce qui la mettait dans l’impossibi¬
lité de juger du caractère de la vaccine, pouvait en¬
tretenir les parens dans une sécurité trompeuse , et ten¬
dait à jeter, tôt ou tard , de la défaveur sur la pratique
de la vaccination. Pour obviera cet inconvénient M.
le maire \ sur la demande du comité, mit un valet de
ville à la disposition de la commission pour obliger les
parens à réproduire leurs enfans vaccinés , et il fut
arrêté, en outre, que la commission distinguerait désor¬
mais ceux qui auraient été soustraits à son examen (i)l
et que les comités d’arrondissemens et les médecins eor-
respondans , seraient invités à suivre la même marche. Les
mêmes inconvéniens qui fixaient l’attention du comité
pour la ville de Pau , se présentaient d’une manière bien
plus grave dans les campagnes, où l’ignorarce , l’incurie
de quelques vaccinateurs , les distances à parcourir fai¬
saient abandonner entièrement les enfans après leurs
vaccinations. La commission de correspondance fut char¬
gée de fixer l’attention des médecins et chirurgiens des
campagnes sur cet objet important , de faire un nouvel
envoi d’instructions aux officiers de santé , et de les
accompagner d’une circulaire pour les inviter à suivre
les vaccinations avec tout le soin et toute l’exactitude
qu’ils pourraient y mettre. (2)
M. Pisson-Abadie, votre correspondant dans le can¬
ton de Nay , fit parvenir au comité pendant ce mois les
tableaux des vaccinations faites dans son canton -, dans le
premier , il portait 19 vaccinés , parmi lesquels il
n avait observé aucune anomalie , qu’un vomissement
spasmodique survenu à un individu , et qui se calma
spontanément.
Le second tableau portait 4 1 vaceinés, dont deux
sans succès , et trois ayant été atteints , le deuxième jour
de leur vaccination, delà petite-vérole qui régnait dans
ces contrées. A la fin de floréal, la commission de corres-
(1) Proccs-v rbal du 14 floréal.
(2; Rapport et verbal du premier prairial.
( 6 )
pondance avait fait des envois de vaccin , non-seulement
aux. comités et à tous les médecins correspondans, mais
encore à un grand nombre d’officiers de santé de tout
le département, qui s’étaient adressés directement à
elle ; ainsi l’impulsion générale était donnée, et le
comité était instruit qu’on vaccinait à peu près sur tous
les points du département.
Dans le mois de prairial, les vaccinations étaient dans
la plus grande activité. Cent individus furent vaccinés
à l’hospice , et votre commission se louait de n’éprouver
aucun obstacle. Parmi ces vaccinés, aucun ne présenta
d’épiphénomènes remarquables ; quelques-uns seulement
furent atteints d’une éruption cutanée dans le tems de
leur vaccination ; les membres de la commission avaient
déjà combattu les craintes qu’avait fait naître cette
espèce d’efflorescence ; mais elles furent dissipées sans
retour , lorsqu’on vit dans les maisons des vaccinés, et
dans le voisinage , des personnes de tout âge non vacci¬
nées atteintes des mêmes éruptions , ce qui prouvait ,
sans réplique , la coïncidence et non le rapport des deux
maladies. Il semblait néanmoins que les vaccinés en
fussent proportionnellement plus atteints que les autres
enfans , et cette observation avait déjà été faite ail¬
leurs ; mais sans chercher d’analogie , ne sait-on pas que
tout état maladif dispose davantage aux influences de la
constitution dominante?
Dans la première quinzaine, M. Laborde , votre cor¬
respondant à Pontac , fit parvenir le tableau de ses
vaccinations , où se trouvait l’observation d’une vaccine
irrégulière , dont l’unique bouton ne fût au point de
maturité que le dix-huitième jour de l’insertion , mais
qui, à cette époque, fournit du fluide vaccin qui,
inséré de bras à bras, produisit une bonne vaccine.
TJne autre observation de trois enfans vaccinés dans une
famille où était déjà la petite-vérole , chez desquels la
fièvre éruptive de cette dernière maladie se manifesta le
2e. jour de la vaccination : l’éruption varioleuse se fit ré¬
gulièrement ; la petite-vérole fut discrète et bénigne,
aucun bouton vaccin ne parut. Le comité d’Oloron vous
transmit le compte de scs travaux. Tl en résultait que
la vaccination était en pleine activité dans cette ville ;
qu’elle s’y pratiquait avec zèle et prudence ; qu’il res¬
tait néanmoins quelques obstacles à vaincre dans les
( 7 )
campagnes où plusieurs desservans attendaient les or¬
dres de M. l’évêque pour parler à leurs paroissiens en
faveur* de la vaccine. Leur attente ne fut pas vaine j
une circulaire de M. l’évêque , apologétique de la vaccine ,
et qui respirait les sentimens d'humanité et de vraie re¬
ligion , les mit à même de suivre l’élan de leur zèle
pastoral, et de faire disparaître tous les obstacles, (i)
Le comité de Mauléon annonçait qu’il venait de re¬
fondre son règlement , qu’il avait rendu plus praticable
en le conformant aux localités ; que cependant il sui¬
vait sans relâche ses opérations, dont il enverrait pro¬
chainement le résultat.
Le comité de Bayonne vous fit passer le tableau de
ses vaccinés qui s’élevait à 205 , pendant le mois de
floréal, outre 5q5 autres individus vaccinés pendant le
même mois et les mois antérieurs, par trois officiers de
santé seulement, dans les communes environantes , et
annonçait que ce tableau serait beaucoup plus considéra¬
ble si les médecins et chirurgiens des campagnes étaient
plus exacts à transmettre le résultat de leurs opérations.
Enfin , le comité de l’arrondissement d’Orthez en¬
voya le tableau de 53 vaccinés.
Dans l’arrondissement de Pau , outre le mémoire de
M. Laborde , votre commission reçut , à la fin du mois,
le tableau des vaccinations de M. Abadie-Pisson : elles
s’élevaient à soixante-onze et n’offraient aucun fait re¬
marquable.
M. Blandin , votre correspondant à Conchés , n en¬
voya pas lé tableau de ses vaccinations, parce que ,
disait-il , il avait été dans l’impossibilité de les suivre
toutes 5 mais il paraissait , de son mémoire très-bien
fait et rempli d’observations judicieuses , que le nombre
de ses vaccinations était considérable , et qu’il y ap¬
portait autant de zèle que de lumière.
Il rapportait l’exemple de trois enfans guéris d’un
reste de fièvre automnale par la fièvre vaccinale qui , à
la vérité , fut plus longue et plus forte chez ces indivi¬
dus j il citait plusieurs communes préservées ou déli¬
vrées de la petite-vérole par la pratique de la vaccina¬
tion , et observait que cette pratique trouvait, dans
Ç 1 ) Vcibal du 14 prairial.
tse canton , peu de détracteurs ; que les ministres du
culte avaient beaucoup contribué à la répandre , et que
les femmes elles-mêmes vaccinaient avec des épingles*
Ainsi vous vîtes , ce mois-là, vos efforts par-tout se¬
condés , et les succès remplir ou même surpasser vos
espérances.
Les vaccinations de l’hospice commencèrent à dimi¬
nuer en messidor, non pas que le zèle de la commission
se ralentît , mais parce que les sujets à vacciner commen¬
çaient à devenir rares , et qu’on éprouvait enfin dans
les derniers rangs quelques espèces de difficulté. Quoi¬
que la vaccine ait acquis le droit de l’ancienneté par
les nombreuses épreuves auxquelles elle a été soumise ,
sa découverte est néanmoins récente encore pour la
masse du peuple peu au courant du progrès des con¬
naissances , et qui ne sait guère que ce qui se passe au¬
tour de lui. Au reste le comité, à cette époque , de¬
vait être moins surpris que satisfait du peu dé résis¬
tance , ou plutôt d’irrésolution qu’il commençait à
éprouver et qui devait céder bientôt à là force de l’exem¬
ple. Le nombre des individus vaccinés pendant ce mois
se portait à 23 j' chez tous , la vaccine avait suivi une
marche régulière.
Les comités, d’arrondiësemèns continuaient à s'occu ¬
per de l’objet important de leur institution. Les çnvois
de leurs rapports pendant cë mois 'en' iémplissant vos
désirs, justifiaient les espérances que vous aviez r cÔhçues
du zèle et des lumières des membres qui lés compo¬
sent.
Le comité d’Oloron transmit Un tableau de vacci¬
nés dans son arrondissement depuis le premier gërrninal
jusqu’au premier messidor. La colonne d’observations
ne présentait de remarquable que l’exemple de deux en-
fans faibles avant leur vaccination et dont le tempéram-
ment se fortifia sensiblement depuis.
Le tableau du comité d’Ortbez portait 187 vaccinés
qui ne fournissaient aucune observation ; mais le docteur
Paraige , dans une lettre particulière rapportait^l’exem-
ple d’un enfant qui fut atteint du charbon pendant l r e
cours de sa vaccine dont la marche ne fut nullement dé¬
rangée , et l’enfant se tira heureusement de Fun 'et de
Vautre. Cet exemple couErme les observations déjà faites,
que le virus vaccin n’est que anti-varioleux , qu’il nç sa
f( 9 )
combine point avec les virus d’autre nature , et qu’il conï
serve toujours sonhomogénéité , quel que soit l’étadtes,
humeurs du sujet vacciné.
Le comité de Mauléon fit passer un tableau de 4 o 5
yaccinés. Comme la petite vérole régnait dans cet arron¬
dissement en mème-tems qu’on y pratiquait les vaccina^
tions , les colonnes d’observations présentaient plusieurs
exemples de vaccine et de petite vérole allant ensemble,
et suivant chacune sa marche régulière , sans paraître
éprouver ni secours ni entrave de la part de la maladie
concommi tante.
Un seul exemple nous affecta douloureusement, celui
d’un enfant vacciné à qui la petite vérole survint le troi¬
sième jour , et qui succomba le onzième ; quoique;jus¬
qu’alors les deux maladies eussent suivi une marche ré¬
gulière. Il est fâcheux qu’on n’ait pardonné plus de dé¬
tails sur cette observation y mais il est raisonnable de
penser que la terminaison funeste arrivée le onzième jour
( sans doute de la petite vérole ) doit être attribuée à çette
dernière maladie , parce qne c’est .l’époque de son pluo
grand danger à cause du gonflement de la figure et des
accidens qui l’accompagnent , tandis que la fièvre \aeei-
nique est ordinairement passée a cette époque , qui cor¬
respondrait au quatorzième jour de la vaccination. C’est
un fait très-remarquable que cette marche simultanée (?t
indépendante de deux maladies,qui ne peuvent pas suje-
.céder l’une à l’autre. Quelques inoculateurs avaient avan¬
cé que la coïncidence de la vaccine avec la petite vérole.,
pouvait rendre cette dernière plus bénigne. Ce serait ,
saps doute, un avantage bien précieux , s’il était réel ,
mais malheureusement l’observation ne l’a pas confirmé.
Elle semble prouver au contraire, que ce n’est qu’une
assertion bazardée par l’enthousiasme , que la vaccine
ir’est point un remède, mais un préservatif de la petite
vérole , et que comme tel , elle doit avoir obtenu son.
plein effet , pour exercer sai vertu anti-varioleuse. Or
ce,plein effet ne paraît obtenu qu’au moment du dernier
degré du travail vaccinal ,qm ; est peut-être celui de l’af¬
fection générale du système caractérisée par, le mouve¬
ment fébrile et rentier développement des aréoles , c’est,-:
à-dire , vers le onzième jour rie l’insertion pour les vacci¬
nes régulières. Voilà pourquoi on a vu fréquemment des
petites véroles survenir jusqp’à cette époque , sans pa-.
C «O )
raître éprouver aucune influence de la part Je la vac¬
cine. Mais il j a plus, comme le germe varioleux peut
être contracté pendant le travail progressif de la vac¬
cine , c’est-à-dire, depuis son insertion jusqu’au
onzième jour à peu près , et qu’il se passe de huit à
dix jours au moins entre l’infection variolique et son
développement, ainsi que le prouve Tinocuiation , on
Voit que l’apparition de la petite vérole peut avoir lieu
même après l'établissement de l'effet, préservatif de la
vaccine, et c ? est aussi cequia été observé pl usieurs fois, (r)
C’est dans ccs cas là seulement , qu’il semble qu'on ait eu.
quelques données pour croire que le travail vaccinal par¬
venu à son dernier période , ait produit quelques modi¬
fications en bien sur la petite vérole , dont il n’enebaine
point d'ailleurs la marche ; mais jamais on n’a vu la pe¬
tite vérole survenir à une époque qui put faire soupçon¬
ner que le germe en eut été contracté postérieurement à
la disparition des aréoles, ou postérieurement à l’etablis¬
sement de l’effet préservatif. En appliquant tout ce que
nous venons de dire, aux: vaccines irrégulières dont
le développement est quelquefois extraordinairement
tardif , on voit que la petite vérole peut survenir plu¬
sieurs semaines , et mênie un mois après la vaccination.
On a cru ces explications nécessaires pour prévenir qué
de pareils événemens , si quelque jour, ils venaient à avoir
lieu , n’attirassent à la vaccine de la défaveur ou des re¬
proches immérités. Au reste , si l’expérience n’a pas prou¬
vé que la coïncidence de la vaccine avec la petite vérote
rendît cette dernière plus bénigne, elle ne prouve pas
non plus , qu’elle la rende plus fâcheuse , et dès-lors ,
les épidémies varioleuses sont une raison de plus pour
recourir à la vaccination , puisque, pratiquée à tems, elle
préserve de la contagion varioleuse , et que si elle arrive
trop tard , elle n’a d’autre inconvénient que d’être de
nul effet.
On a encore attribué à la vaccine la guérison de plu¬
sieurs maladies! chroniques. Il ne sera pas non plus'•hors
de propos d’examiner sous quel point de vue on doit
considérer ces guérisons. Il est des états ou des affections
morbifiques dont la guérison dépend d’uu mouvement
dépuratoire , d’un effort critique , d’un excitement qui
( i ) Rapport du comité central de vaccine 3 pag. 252.
C » )
modifie l’ancienne manière d’êire ou rompe des habitué
des devenues constitutionnelles. Dans tous ces cas , l’ino¬
culation de la vaccine peut devenir accidentellement un
moyen curatif, sur-tout si son travail est bien marqué y
mais ici ce n’est pas comme vaccine qu’oile agit , c’est
tout simplement comme moyen d’irritation capable de
produire ce travail, cet excitement qui constitue la fiè¬
vre , et sous ce point de vue, on nedqitlui attribuerque
les guérisons qu’aurait effectuées toute autre espèce de
fièvre éphémère du même dégré d’intensité.
Quand même la vaccine n’aurait pas d’autre avantage
que celui qui ne lui est plus contesté , de préserver pour
toujours de la petite vérole , ce serait un assez grand pré¬
sent fait à l’humanité , pour qu’elle soit placée parmi les
découvertes les plus belles et qui honorent le plus l’art
de guérir. Ce n’est pas qu’on doive blâmer ceux qui cher¬
chent à lui découvrir d’autres vertus ; mais il faut se
mettre en garde contre l’exagération qui .fait.commettre
des fautes et emmene définitivement la dépréciation. C’est
ainsi que des remèdes héroïques ont autrefois excité .tour
à tour l’admiration et la frayeur , ont été quittés et repris
pour n’être plus abandonnés depuis qu’ils ont été réduits
à leur véritable valeur.
En thermidor, les vaccinations touchaient à leur fin
dans l’hospice civil; mais il s’en pratiquait encore en
ville chez les particuliers. Les vaccinations particulières
de cette année et des années antérieures dans la ville de
Pau , peuvent au moins être égalées en nomhre aux vac¬
cinations publiques et gratuites de l’hospice ; et il pst pro¬
bable que le même calcul peut s’appliquer aux principa-
les villes du département où il y a des comitésélablis.
Le comité central reçut pendant ce mois les premiers
tableaux dressés par les maires des vaccinations pratiquées
dans leurs communes respectives ; le relevé de qes ta¬
bleaux , sans y comprendre la ville de Pau , portait le
nombre des vaccinés dans le premier arrondissement a
9^0 pendant ce mois et les mois antérieurs. On y voyait
bien encore quelques communes arriérées dont les maires
donnaient pour prétexte qu’il n’y avait point dç petites
véroles chez eux , d’autres, que leurs administrés vnu'
latent s’en rapporter à la providence ; mais les premiers
n étaient que des temporiseurs imprudens, et pour les
seconds, comme il n’est guère possible que toute uuu
eommnne partagé la même opinion pour Te fatalisme, il
était visible que ce langage était entièrement personnel
aux maires. Au reste, comme en supposant, qu T il y
eût quelque chose de réel , c’était surtout dans céécom¬
mettes., que MM, Tes ministres du culte devaient faire
rasage de leurs moyens de persuasion , le comité chargea
èa commission d’intéresser de nouveau le zèle pastoral de
M. l’évêque. Il paraissait encore de ees tableaux , quel»
petite vérole avait fait, pendant Te prîntems, de S appari¬
tions fréquentes dans différenles communes, mais que
partout elle avait été arrêtée et étouffée, pour ainsi-
dire , dans sonbereeau, par la pratique dë la vaccination.
Les tableaux des correspondons 1 n’offrirent pendant cé
tnois rien de particulier que de fréquentes éruptions cu¬
tanées qui accompagnèrent ou suivirent les vaccinations.
Pendant le mois de fructidor, la ville de Pau n’offrait
plus que quelques vaccinations particulières ; mais elles
Se soutenaient dans Tes campagnes dont les tableaux por¬
taient lé nombre à 694 dans cet arrondissement.
Le comité fut informé , que malgré sa circulaire et ses
Exhortations aux officiers de santé des campagnes , ils
Ttégligàîent désiiîvcéla marche de leurs vaccinations , ce
qui pouvait laisser glisser de fausses vaccines qui né se«
ràïent pas distinguées j et én sentant toutes les conséquen¬
ces , il arrêta qu'il en serait fait mention expresse dans
spn procè'S-véVbal, afin que , si quelque jour, des en-
fans ainsi Vaeëinés venaient à avoir la petite vérole, il
put faire voir que eet événement malheureux avait été
prévu comme le résultat possible de la négligence dés
vaccinateurs, et 11e devait point être mis sur le compté
de la vaccine. ( t ) La correspondance n’offrit rien d’im¬
portant pendant ee mois ; le comité de Mauléon seul fit
parvenir un tableau de 2 5 vaccinés pendant les deux
mois de thermidor et fructidor, il n’était accompagné
d’aucune observation.
En vendémiaire , la ville de Pau ne fournît que six
sujets à vacciner , quoiqu’il soit probable qu’il en reste
encore un certain nombre. L’indécision n’est pas l’obsta¬
cle général , c’est plutôt l’insouciance ou plonge presque
toujours l’absence du danger. Depuis quelque tems on
( 1 ) Procfcs-vefbal da premier fructidor.
( > 3 )
ue parle plus des ravages de la petite vérole , et c’eSfc
assez pour que le peuple s’endorme dans la sécurité»
Cependant les vaccinations se continuaient dans les cam¬
pagnes. 416 individus avaient été vaccinés dans cet ar¬
rondissement d’après les tableaux fournis par les maires»
Votre commission reput le tableau des vaccinations de
votre correspondant M. Laborde , qui n’offrait rien quï
dut vous être rapporté.
Le comité d’Oloron transmit un tableau de 19.6 indi¬
vidus vaccinés dans les communes. Il paraissait qu’à Olo-
ron , comme à Pau , les vaccinations touchaient à leur
fin , et qu’elles passaient des villes aux campagnes,
comme de leurs centres à leurs circonférences.
Un enfant de six mois fut atteint de la petite-vérole 9
mais le virus contagieux ne trouvant pas d’alimens au¬
tour de lui , s’éteignit dans son berceau.
Au commencement de l’automne , quelques enfans
parmi les vaccinés et autres, furent atteints d’une fièvre
éruptive qu’on annonça être la petite-vérole. Les mem¬
bres de votre commission chargés de constater la nature
de cette maladie se rendirent chez les individus désignés
par le bruit publie , et dans leur rapport déclarèrent
unanimement que cette maladie éruptive était la petite-
vérole volante. (1) La marche de ces deux maladies est
si différente, et leurs caractères distinctifs si tran-
clians , qu’il est tout-à-fait impossible de les confondre,
mais il n’en était pas ainsi de quelques enfans non vac¬
cinés qui eurent réellement la petite-vérole , dont un
fut même la victime. La petite-vérole s’étant montrée
ça et là parmi le petit nombre d’enfans non vaccinés,
principalement dans les communes de Pau et de Juran¬
çon , il est tout-à-fait probable qu’elle aurait régné
épidémiquemcnt dans ces communes , si elle n’eût été
prévenue par l’emploi de son préservatif, la vaccination.
Tous ces faits furent consignés dans le procès-verbal de
votre séance du premier brumaire.
Pendant ce dernier mois , 65 individus ont été vaccines
da ns l’arrondissement d’Oloron , et 4 dans celui d’Orlbe^,
dont le tableau porte huit petites-véroles bénignes.
Le comité de Bayonne en annonçant l’envoi prochain
C. 1 ). Verbal du premier brumaire.
( «4 )
d’un tableau qui ne nous est pas encore parvenu i
donne les détails les plus satisfaisans Sur la propagation
de la vaccine dans tout l’arrondissement. Il cite même-
quelques communes où la petite vérole paraît devoir
être bientôt inconnue , et nomme , avec distinction ,
MM. Dorcosberro , Salaberry, Caillava et Campagne,
officiers de santé , comme ayant constamment donné des
preuves du plus grand zèle. Il observe que les petites
véroles ont été extrêmement rares , et d’une bénignité
extraordinaire ; que cette double circonstance a établi
une sécurité qui a contrarié leurs efforts dans quelques
parties de l’arrondissement.
Une observation bien satisfaisante à faire ici, c’est que
malgré le peu de soin que qnelques vaccinateurs ont
paru apporter à leurs opérations , malgré les inquiétudes
du comité à cet égard , on n’a pas eu un seul exemple
dans tout le département, d’un individu' vacciné , qui
ait contracté postérieurement la petite-vérole.
Le cumul des individus vaccinés dans le département
depuis la formation des comités présente le résultat sui¬
vant :
Nombre des vaccinés par la commission du comité
central, les membres correspondons, par d’autres
médecins , chirurgiens et officiers de santé.
Dans l’arrondissement de Pau.• 2444 *
Item., dans l’arrondissement d’Oloron . . t) 5 o*
Item, dans l’arrondissement de Md-uléon. . 489.
Item, dans l’arrondissement de Bayonne. . 856 .
Item, dans l’arrondissement d’Orthez.. . . 244.
Total des vaccinés dans le département. 4983.
A quoi l’on peut ajouter, sans crainte d’exagération ,
au moins un nombre égal de vaccinés avant l’établisse¬
ment des comités , et depuis , par divers médecins , chi¬
rurgiens et officiers de santé qui n’ont pas rendu compte
de leurs opérations ; et ce qui le prouve, c’est l’immense
disproportion qui existe entre le nombre des vaccinés
portés dans l’arrondissement de Pau, où le comité a
toujours été tenu au courant des vaccinations par la
voie de ses correspondans, et surtout par les tableaux
( i5 )
Pressés par les maires , et le nombre connu des vacciné*
dans les autres arronclissemens où nous sommes très-sûrs
^jue les vaccinations ont été généralement pratiquées.
Tel est l’exposé exact de vos travaux et de leurs résul¬
tats jusqu’à ce jour. Tel est l’état actuel delà vaccination
dans le département. Il en résulte qu’elle est par-tout
connue et généralement adoptée.
Si votre ouvrage n’est pas encore achevé , au moins
avez-vous obtenu des avantages immenses. Ces avanta¬
ges ne se bornent pas à avoir soustrait à la contagion
varioleuse la très-grande majorité des individus qui lui
étaient destinés , en rendant désormais les foyers conta¬
gieux extrêmement rares , vous aurez fait que le petit
nombre de sujets épars qui pourraient y rester encore
exposés , en soit incomparablement moins maltraité.
Le comité aurai t donc atteint déjà son but , si le gouver¬
nement n’eût eu en vue que de préserver la génération
actuelle des ravages de la petite vérole ; mais il porte
plus loin ses désirs et ses espérances -, il veut en pré¬
server les générations futures par l’extinction totale du
germe varioleux , et il y parviendra avec un peu plus
de tems et de persévérance ( i )
Après le juste tribut de reconnaissance dû à l’immor¬
tel auteur de la découverte de la vaccine , à la société
philantropique qui en fit présent à la France, et au
gouvernement qui, par des vues toutes paternelles , a
voulu en propager les bienfaits dans tout l’empire -, eu
réfléchissant aux personnes dont le zèle chaleureux ou
les services assidus ont le plus contribué aux succès du
-comité, votre commission vous aurait proposé de voter
des remercimens à M. le général préfet, et à M. le
président de la cour d’appel, premier administrateur de
(O L’innoculatiou de la petite-vérole qu'on croit plus ancienne
que l’ère chrétienne dans l’Indostan, s’y pratique tons les sept
ans avec pompe et cérémonies religieuses. Cet interv iie est trop
long -, mais eu imitant cet exemple pour l’Innoculation de la
vaccine, une fois qu’on aura vacciné la génération actuelle, on
fourrait chaque année, au printems et en automne , faire, pour
les nouveaux né,, des vaccinations publique auxquelles ôa don¬
nerait. uu caractère national et même religieux ; et cela jusqu’à
<c T 1 ? f-its attestassent suffisamment que le germe varioleux
est entièrement éseiut en Europe , et chez les peuples avec les¬
quels nous poumons avoir des relations.
. ( 16 >
l'hospice,- si là passion du bien public, CÎièz l’un , et
la douce bienfaisante , chez l’autre , n’étaient devenues
depuis long-tems des vertus d’habitude et de besoin ,
plutôt que de réflexion.
T es comités d’arroridissemens ont payé leur tribut de
zèle et d’effùrts pour la propagation de la vaccine. La
réputation et les lumières des membres qui les compo¬
sent , ont été d’un secours puissant au comité dépar¬
temental.
Les membres correspondans dans l’arrondissement de
Pau, ont aussi fait leur devoir ; quoique tous n’aient
pas mis le même degré d’exactitude dans leur corres¬
pondance , ils ne s’en sont pas moins acquittés, dans
leurs cantons respectifs , de la tâche que leur imposait
leur honorable association. Tous , en partageant vos vues
et vos travaux , Së sont acquis des droits aux succès qui
les ont eoui’onnés.
EXTRAIT du registre du Comité central
de vaccine , établi à Pau.
Séance du i 5 janvier 1.806.
Le comité ayant entendu la lecture du rapport géné¬
ral fait au nom de sa commission de correspondance,
par M. Terrier son secrétaire , a arrêté qu’il serait im¬
primé et distribué.
Pour extrait conforme :
J. Terrier.
A PAU, de l’Imprimerie de J. P. Yignancour.
Février 1806.